Thaïlande: au pays du sourire évanescent
La première destination touristique dâAsie a du plomb dans lâaile. Anna a perdu son roi parmi les tours de béton et le mazout a remplacé les parfums sucrés. Confinée aux GIâs et aux frustrés sexuels dans les années 70, la Thaïlande a explosé dix ans plus tard. Pukhet a couvert ses champs de résidences secondaire ; le triangle dâor a remplacé lâopium par le trekking de luxe; lâIsâan, quant à lui, est devenu le dernier refuge des routards en sandales. Mais quâest-il advenu des chromos de Kipling et Conrad?
Aujourdâhui, les paradis signés Mandarin, Regent ou Dusit se vident, tandis que des charters toujours moins chers ramènent des vacanciers détrempés et très moyennement satisfaits. Pourtant, le pays de Rama a conservé bien des charmes quâil serait dommage de ne pas découvrir. Cinq idées pour convaincre les plus anti-siamois.
Bangkok : soleil couchant sur le Chao Pya
La métropole est tentaculaire. Impossible de dire combien dâhabitants y vivent. 8 millions? 12 millions? Certaines avenues, comme Sukhumvit, sâétendent sur des dizaines de kilomètres.En construction permanente, la capitale sâest offert un métro aérien, des autoroutes à plusieurs niveaux et un aéroport digne de JFK. Lâarrivée en ville est souvent cauchemardesque. La circulation est tellement dense quâil nâest pas rare de rester bloqué plusieurs heures au même carrefour. Rien ne ressemble à un centre-ville jusquâà ce quâon ait décidé dâarpenter les rues de Chinatown. Lâair est chargé de poussières et les lieux vantés par les guides sont autant dâîlots dans un monde de chaos. Pourtant quelque chose vous prend dès votre arrivée, comme une injection dâadrénaline. Cette impression vague et persistante dâendroit où tout est possible.
Et il y a ces contrastes incroyables, enchevêtrement de boutiques, de tôle ondulée et de gratte-ciels ultramodernes, au pied desquels se trouvent des petits temples pour les esprits de la terre. Des policiers en brun font traverser des moines en orange et des étudiantes en blanc grimpent, téléphone portable en mains, dans des bus verts bondés. Siam Square est devenu un méga complexe commercial et on parle de raser le cultissime Intercontinental voisi.
Tout se perd furieusement, sauf une chose : la rivière ! Il y a toujours les dizaines de long-tail boats et de péniches improbables, tellement chargée quâon les croirait sur le point de couler. Et il y a les bateaux-bus, pratiquement gratuits, guidés par des gamins siffleurs et contrôlés par des dames en bleu qui vendent des billets dans des grands tubes métalliques avec lesquels elles jonglent comme sorties de chez Bouglione. Et puis il y a cette lumière inouïe, au soleil couchant, vers les six heures, arc en ciel horizontal qui disparaît dans des volutes de nuages. Malgré tout le tohu-bohu de la cité, rien ne remplaera jamais le sentiment de bien-être de ce lieu magique.
Visitez la galerie dâantiquaires à côté du Sheraton. Allez donc prendre lâapéritif sur la terrasse de lâOriental. Et mieux, descendez jusquâau Marriott Royal-Garden et grimpez sur le bateau-restaurant de Manohra. Chaque jour, vers les sept heures du soir, il remonte la rivière, traversant tout le centre et toute la vraie vie de la ville vraie, jusquâà lâentrée des Klongs, puis sâarrête pour un son et lumière superbement kitch au Wat Arun. Ce temple, couvert de porcelaine et joyaux du boudhisme local, est juste en face du célèbrissime Wat Pra Keo et bien moins fréquenté. Des plats meilleurs les uns que les autres vous seront servis à bord et durant deux heures vous oublierez toutes les mauvaises ondes de la journée. A cet instant, vous aurez une certitude simple : Le voyage en vallait vraiment la peine. Satisfait ou remboursé, comme on ditâ¦
Pukhet : cuisine fusion au Gallery Grill
Tout le monde est dâaccord : la cuisine thaï est une des meilleures du monde. Sur place, du nord au sud, dans les grandes villes, sur les petits marchés et au fin fond des campagnes, vous mangerez toujours bien. Seul sujet de méfiance : les épices! Comme dans la majorité des pays tropicaux, le piment relève abondamment de nombreux plats et les rend intouchables pour nos fragiles papilles européennes. Combien de fois nâa-t-on pas vu un jeune vantard prétendant avaler les plats les plus forts et qui est resté bloqué tout rouge à la première fourchetée dâun curry quelconque⦠Heureusement pour nous, les Thaïs sont des gens délicats et éduqués. Partout ils savent que le piment nâest décidément pas pour nous et partout ils nâhésitent pas à nous guider vers des mets plus légers ou, encore mieux, à se forcer à avoir la main moins lourde. Ceci mis à part, vous pouvez y aller le cÅur tranquille. Tout est bon et sain. Même dans les mini-gargotes ambulantes au bord des routes, on vous préparera miraculeusement des dizaines de sortes de riz sautés, de nouilles aux légumes, de brochettes de viandes ou encore de satés. Et à propos de saté, bien quâil sâagisse là dâune spécialité indonésienne et malaise, rien ne vaut la version thaï. Ils lâont modifié dâune façon tout à fait exceptionnelle, impossible à reproduire en Europe, et en ont fait une sorte de délicatesse. Le meilleur endroit pour tester tous les satés locaux, étonnamment, câest peut-être le Zoo de Bangkok! Entre les éléphants, les singes, les crocodiles et les grand oiseaux, il y a là un petit lac bordé de terrasseset surtout fréquenté par des familles du voisinag.Bref, en parcourant le pays, avec un peu de flair et de curiosité, si vous acceptez de négligez les buffets consensuels des grands hôtels, vous ne pourrez pas rentrer déçus. Evidemment, après quelques jours (semaines ) de nourriture locale, il est probable que vous aurez aussi envie dâun bon steak, dâune pizza ou même dâun hamburger. Inutile de se rabattre sur les MacDo ou les Pizza Hut ! Car les écoles dâhôtellerie thaï savent aussi former leurs chefs aux influences occidentale. Nombreux dâailleurs sont ceux qui parcourent les restaurants du monde en quête de compléments de formation. A tel point que le Michelin, par exempl, commence à distribuer de plus en plus dâétoiles en Thaïlande.
Si votre séjour commence par un peu du centre (Bangkok), se prolonge par un peu du nord (Chiang Maï) et sâachêve par un peu du sud (Phuket ou Koh Samui), gardez votre impatience à redécouvrir la cuisine européenne pour la dernière étape. Phuket en particulier, la région la plus riche et la plus touristique du pays, île anciennement paradisiaque, un peu trop bétonnée mais néanmoins incontournable (évitez tout de même Patong Beach), a tout pour vous réjouir sur ce plan.
Un grand nombre dâhôtels disposent de plusieurs restaurants de haut niveau, tant thaï que chinois, italien ou français. Certains chefs sont particulièrement créatifs et feront plus que vous satisfaire, si toutefois vous êtes ouverts au concept de cuisine fusion. Câest cette nouvelle tendance, popularisée par Londres, qui tente le mariage du meilleur des différentes cultures, autour dâune base française. Deux lieux à conseiller en particulier, sur Kata Beach : le Boathouse, petit hôtel incroyablement confortable et bien situé, qui ne dispose pas moins de trois restaurants, dont un wine-bar, pour à peine une cinquantaine de chambres. Et un peu plus haut, sur un promontoire dominant deux plages, se trouve le Gallery Grill, assurément un des meilleurs endroits pour déguster la cuisine fusion, dans un cadre romantique et élégant. Je me souviens notamment dâun jambonneau dâagneau aux truffes accompagné dâune purée dâasperges verte... Au son des vagues et dans le couchant, je ne vous dis pas le tableau! Une remarque toutefois, les vins supportent assez mal la chaleur humide. Optez donc pour des crus australiens (plus proches) et pour des millésimes récents.
Sukothai : balade en vélo au-delà des temples
La Thaïlande sans les temples, ce serait un peu comme un spaghetti bolognese sans parmesan. Que vous partiez en voyage organisé ou par vous-même (ce qui est très simple dans ce pays), il est évident que vous arpenterez tôt ou tard un des milliers de lieux du culte boudhiste. Vous croiserez dâinnombrables moines et vous apprendrez bientôt à identifier la symbolique gestuelle des statues : debout, couché, assis. Et bien sûr, outre les temples encore actifs, souvent récents ou rénoves, vous voudrez aussi visiter quelques-uns des sites archéologiques parsemés de chedis.Attention cependant à ne pas confondre Birmanie et Cambodge avec Thaïlande! Lorsquâon évoque ces sites, depuis lâEurope, on pense dâabord à Angkor et ensuite à Pagan. Et câest vrai que ce sont les plus beaux, les plus sauvages, les plus prestigieux aussi. Mais leur architecture est globalement différente et il nâest pas rare de croiser un touriste déçu parce quâil nâa pas retrouvé ces enfilades de frises somptueuses vues et revues à la télé. Lâart local faisant beaucoup plus dans la peinture et les couleurs, le temps à souvent effacé les fresques et dénudé des bâtiments plus proches de la philosophie romane que du gothique flamboyant. Nâempêche, au moins quatre sites, classés "patrimoine mondial" par lâUnesco, méritent dâêtre vus : Ayutthaya, Pimaï, Sukhotaï et Sri Sachanalaï.
Le premier est aussi le plus visité. Câest lâancienne capitale, celle qui accueillait les émissaires occidentaux du temps de Louis XIV et qui fut entièrement ravagée par les Birmans lors dâune des innombrables guerres que se livrèrent les deux pays. La chute dâAyutthaya donna naissance à Krung Thep, Bangkok, en aval, ville naturellement protégée par une topographie façon Venise, dâinnombrables canaux appelés klongs et que les urbanistes continuent de boucher, malgré la disparition des fléaux des eaux croupies.Ayutthaya, donc, parsaproximité géographique avec la capitale, accueille chaque jour des milliers de visiteurs, locaux et étrangers, qui cumulent généralement la journée dâexcursion par un crochet du côté des marchés flottants. Malheureusement, la banlieue a rejoint les vieilles pierres, comme au Caire, et aujourdâhui les anciens palais sont flanqués de marchés à souvenirs, dâimmeubles de rapport et dâune autoroute, bref par +tout ce quâil y a de plus bruyant et anachronique.
Sri Sachanalai et Pimaï sont nettement plus authentiques et tenus à lâécart. Mais câest aussi parce quâils sont loin des circuits traditionnels, ce qui en rend lâaccès quelque peu difficile lorsquâon nâa que deux semaines pour parcourir un pays aussi grand que la France. Reste Sukhotaï. Là , pas de problème dâitinéraire puisque le site est à mi-chemin entre Bangkok et Chiang Maï, le point central du tourisme dans la partie nord. Souvent, par manque de temps ou par manque dâinformation, Sukhotaï est laissé à lâécart. On préférera prendre lâavion et sauter en une heure toute la plaine centrale. Dommage! Il y a des dizaines de bus et de train chaque jour qui font le voyage et qui permettent de voir un peu de ce "grand plat dâépinards" quâest le cÅur de la Thaïlande.
Une halte à Pitsanulok, ville provinciale reposante à une cinquantaine de kilomètres de Sukhotaï offre aussi ses petits plaisirs. Comme un dîner-croisière sur la rivière. Rien de tel pour prendre le temps de déguster lâambiance locale. De là , on pourra facilement prendre un bus ou un taxi et se rendre au site archéologique pour une petite journée de balade culturelle. Notez quâil est aussi possible de séjourner dans la nouvelle Sukhotai, proche du site, mais la bourgade est nettement plus petite, moins animée et surtout assez mal équipée sur le plan hôtelier. Enfin⦠Câest une question de choix personnel !
Arrivé à lâentrée du site, vous croiserez bien quelques autocars et minibus, mais pas dâaffolement. Lâendroit est très vaste et le nombre de visiteurs nâa rien à voir avec ce que vous aurez eu à subir au Wat Pra Keo (le palais royal à Bangkok). Sukhotaï est aussi une ancienne capitale de la Thaïlande. Mais bien avant Ayutthaya, à une époque où les Khmers étaient encore très influents dans le pays et où Angkor faisait figure de Ville Eternelle du sud-est asiatique. On reconnaît dâailleurs quelques influences, sans pour autant devoir être un expert en histoire de lâart. Le centre du site se visite facilement à pied. Il y fait généralement très chaud, mais les tonnelles sont nombreuses et bien réparties. Ceci dit, pour profiter à plein de la magie dâun lieu au milieu des champs, des collines et des bois, la marche nâest pas la meilleure solution.
Juste avant les portes dâentrée, sur votre droite, vous verrez quelques magasins qui louent, pour un prix dérisoire, des vélos. Voilà une bonne idée de promenade, pour tout voir à son rythme et sans se fatiguer. Enfourchez donc une des bicyclettes et laissez vous guider au gré des chemins. Très vite, vous aurez la sensation dâêtre perdu, mais ne vous inquiétez pas. Tous les parcours sont très bien fléchés et tous vous ramèneront au point de départ. En moins de quelques heures, vous croiserez des buffles et des rizières, des temples perdus et couverts de mousse⦠Et vous voilà devenu Indiana Jones le temps dâune journée tellement différente du reste du voyage quâelle en restera un des meilleurs souvenirs. Pour un aperçu de Sukhotaï, jetez un Åil sur le site de lâUnesco.
Chiang Maï : le Doi Suthep et le village Hmong
OK! Chiang Maï, câest un peu la même chose que Phuket. Le passage obligé, dâavance tellement vu et revu quâon se demande si vraiment il nây a aucun autre endroit où aller pour parcourir les collines et les jungles du Triangle dâOr. Et après tout, la région est immense. On parle de milliers de kilomètres carrés. Par exemple, rien ne vous empêche de prolonger directement jusque Chiang Raï, à la frontière du Laos et de la Birmanie. Ou un peu plus à lâouest, jusquâà Mae Hon Son ou Mae Rim. Vous y rencontrerez immédiatement les tribus montagnardes chinoises et birmanes, dont les fameuses (et très controversées) "femmes girafes". Mais bon⦠Il faut bien se fixer de priorités.Tous ces endroits magnifiques sont à moins dâune journée de Chiang Maï,. Alors si lâon nâa pas assez de temps pour tout faire, autant opter pour la grande métropole du nord. Pas dâinquiétude cependant : Bien que Chiang Maï soit de taille à peu près comparable à Bruxelles, la ville a conservé un réel charme provincial. Nombre dâoccidentaux installés en Thaïlande la préfèrent dâailleurs nettement à Bangkok. Elle a ce supplément dââme et de qualité de vie qui font que chaque visiteur, malgré la foule et les appréhension, en repart heureux. A voir notamment le vieux centre, encore entouré de murailles anciennes, le marché de nuit, très touristique mais toujours aussi agréable, les nombreux temples, bien sûr, et puis surtout les écoles de massage, de méditation ou de yoga. Câest la spécialité de Chiang Maï. Inévitable pour faire connaissance avec une pratique médicale ancestrale et qui vous remet le corps en place après des heures et des jours de voyage.
Bon, si vous nâaimez pas trop la ville et si vous nâavez pas suffisamment de temps pour partir trois ou quatre jours en trekking⦠Deux options intéressantes : Une très chère et une gratuite. La très chère dâabord : logez au Regent. Câest assurément le plus bel hôtel de la région, si pas du pays. Et il est situé en dehors de la ville, au milieu dâune rizière extrêmement verdoyante. Tout y est superbe, au-delà de tout ce quâon peut imaginer de luxe en Europe. Inutile dâen dire plus, un parcours rapide de leur site web vous convaincra dâemblée, si toutefois vous êtes apparenté à Cresus. Sinon, le luxe et la volupté vous attendent sur le sommet de la première grande colline à 15 kilomètres au nord de Chiang Maï. Là se trouve le Doï Suthep, magnifique temple doré qui surplombe toute la vallée. Inmanquable! Et si il vous faut aussi le calme, ne vous contentez pas de cette visite, comme le font lâimmense majorité des Européens. Câest que la colline est vaste.
A peine quelques kilomètres plus loin se trouve un des palais de la famille royale, flanqué de jardins botaniques exceptionnels. Et juste derrière, alors que commence la jungle, vous pourrez visiter des villages Hmong accueillants. Nâayez ni peur ni mauvaise conscience. Si vous respectez les gens, vous nâaurez pas lâimpression de les déranger. Ils vivent là du tourisme et souffrent davantage du manque de visiteurs que de lerr afflux massif. En quelques heures, sans devoir donc vous enfoncer au bout du monde, vous aurez ainsi pu voir un des plus beaux temples de Thaïlande, un magnifique jardin botanique, la jungle et une des tribus montagnardes du nord. Un vacancier allemand a mis a disposition sur le net quelques magnifiques photos du Doi Suthep. Si vous voulez vous faire votre propre opinion...
Vientiane : un peu de France au bord du Mekong
Lorsquâon fait le tour du pays, on ne pense pas forcément dâemblée à franchir ses frontières. Evidemment, il y a suffisamment à voir sur place et les distances sont relativement grandes. Heureusement quâil y a un nombre impressionnant de transports en tout genre. Le package classique comprend un survol du nord, du centre et du sud. Phuket, par exemple, fait partie des "musts", parce que câest la plage et la bronzette garanties (attention au soleil des tropiques : il est bien plus méchant que le nôtre !). Parfois, on prévoit aussi des formules combinées. Par exemple pour profiter dâune extension au Cambodge et à Angkor. Certains tour-opérateurs proposent aussi le Vietnam. Rarement le Laos est repris. Et câest dommage car voilà un pays à la fois très proche de la Thaïlande et très différent.
Vaste et peu peuplé, le Laos est une des anciennes colonies françaises dâIndochine. Malgré la révolution du Pathet Lao, il en a gardé de nombreuses traces. Ainsi les maisons, qui font souvent penser aux banlieues provençales, ou parfois les voitures, anciennes Tractions et 403 entretenues comme dans un musée. La langue et lâethnie sont à peu près communes. On voit aussi de plus en plus de tuk-tuk, comme à Bangkok, et les hôtels commencent à sâouvrir un peu partout. Mais cela reste marginal, même à Vientiane, la capitale. Et pourquoi pas sây rendre, après tout? Rien de plus facile maintenant que le grand pont sur le Mékong est ouvert et que le pouvoir a facilité lâaccès aux visas.
Rien ne force à choisir entre les deux pays. Vous pouvez très bien simplement décider de passer deux ou trois jours à Vientiane. La (petite) ville est sur le bord de la rivière, juste en face de Nong Khaï. Câest aussi lâoccasion de vous enfoncer un peu plus à lâest que Chiang Maï et aborder lâIsâan, la région de la Thaïlande la moins fréquentée. Bonne combinaison donc, dâautant que vous pouvez retourner ensuite vers Bangkok ou le sud en à peine une heure dâavion.
Pourquoi faut-il pénétrer au Laos, même aussi peu de temps? Il y a au moins deux raisons à cela : Dâune part les gens, dâautre part le contre-dépaysement. Les gens dâabord. Ici, ils sont incroyablement gentils et accueillants. Tout le monde vous dit bonjour et est prêt à vous aider si vous êtes un peu perdu. En fait, le vrai pays du sourire, maintenant que la Thaïlande lâa un peu perdu du fait du trop plein de touristes, câest bien le Laos. Le "pays du million dâéléphants" comme on lâappelle aussi. Rendez-vous au Nam Phu, la petite place centrale de la ville. Laissez-vous bercer par lâatmosphère. Très vite au moins un autochtone vous abordera courtoisement pour partager un verre et quelques idées de balade. Sans arrière-pensée commerciale, juste pour le plaisir dâune rencontre. Si on devait établir le palmarès mondial des peuples les plus gentils, nul doute que les Laotiens feraient partie du peloton de tête.
Et puis il y a donc le "contre-dépaysement". Comment lâexpliquer ? Par exemple, le plat national, câest le filet mignon aux champignons. Ici, on mange avec un couteau et une fourchette. Le matin, les gens vont chercher leur baguette au marché. On vous sert des croissants dans les boulangeries. Près du centre, il y a encore des restaurants français, tenus par de vieux colons, qui servent du Pastis à lâapéritif et du Beaujolais sur des nappes à carreaux. A lâinverse de la Thaïlande, ici, on roule à droite. Câest bien du dépaysement, mais à lâenvers. Parce que rien ne nous y prépare. Si vous disposez dâune soirée sur place, allez manger le long de la rivière. Vous vous y sentirez un peu comme dans ces ginguettes du bord de Marne, dans lâest parisien. Il ne manque que le son de lâaccordéon. Mais attention de ne pas trop attendre! Le pays change; les Australiens et les Thaïlandais le rachètent pièce par pièce; déjà , il nây a plus que les vieux qui parlent notre langue. Encore dix ans et, malheureusement, il ne restera rien de cette impression nostalgique dâun monde passé. Car en Asie, seuls comptent le présent et le futur.
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