Le tabac hors la loi dans l'entreprise
"Avis au personnel : à partir du 1er janvier 2006, il sera interdit de fumer dans tous les locaux de lâentreprise" : ce type dâaffichette a fleuri dans les lieux de travail. Les fumeurs dépendants devront apprendre à gérer leur "problème". Et depuis le 1er février 2007, la France a rejoint la Belgique dans ce combat.
Comment gérer cette nouvelle interdiction (note : nous vous en livrons le texte complet en fin d'article) auprès des "accros" au tabac qui devront faire face à lâabstinence obligatoire ? Comment éviter de les "diaboliser" et maintenir entre fumeurs et non fumeurs un climat de travail satisfaisant ? Deux questions sensibles parmi dâautres qui laissent perplexes, voire désarmés, de nombreux chefs dâentreprises.
Câest pour eux que Nicorette vient de publier, avec la contribution du Fonds des Affections Respiratoire (FARES), un kit dâinformation intitulé "Comment gérer le tabagisme en entreprise" qui est destiné aux médecins du travail et aux responsables dâentreprises. Le kit dâinformation destiné aux entreprises est disponible à lâadresse suivante nicorette.belgium@pfizer.com.
Quant à la FARES, elle a édicté des recommandations sous le titre "Gestion de la fumée environnementale sur le lieu de travail" (ce document est joint au kit dâinformation). La première de ces recommandations concerne la stratégie à adopter pour gérer la nouvelle loi, en concertation avec toutes les parties prenantes de lâentreprise.
Une politique de gestion du tabagisme
Selon la Fares, il faut développer une politique de gestion du tabagisme pour maintenir un climat de travail exempt de discrimination. Plusieurs solutions sâoffrent aux responsables dâentreprise.
- Constituer un comité de pilotage. Composé, entre autres, de la Direction, du Médecin du travail, du conseiller en prévention, du Service des ressources humaines et des délégués syndicaux, ce comité devrait élaborer un plan "dâentreprise sans fumée".
- Analyser la situation et lâenvironnement de travail. Une bonne analyse de la situation du tabagisme au sein de lâentreprise (pourcentage de fumeurs, description de leurs habitudes, de leurs demandes et besoins) est essentielle au même titre quâune communication respectueuse, constructive et positive. Le but nâest pas de pointer du doigt les fumeurs mais au contraire de leur proposer des solutions adaptées à leurs besoins.
- Mettre en place une concertation participative des travailleurs. Une concertation avec lâensemble des travailleurs anticipera les difficultés des fumeurs dépendants, évitera une discrimination et modérera les problèmes relationnels qui risqueraient dâapparaître. Il nây a pas une solution mais des solutions, à partir du moment où on prend le soin de clarifier les attentes, les besoins et les moyens. Dans un souci de concertation et de bien-être mutuels sur le lieu de travail.
Fumoir ou pas : restons égaux
La nouvelle législation autorise la mise en place dâun fumoir correctement ventilé. Mal géré, ce dernier espace alloué aux fumeurs est susceptible de provoquer des inégalités entre salariés. Selon la Fares, "fumer à lâextérieur des bâtiments ou dans un fumoir, entraîne des absences variables dâun fumeur à lâautre : une personne qui consomme quotidiennement 5 cigarettes sur son lieu de travail est inactive pendant 5 fois 5 à 10 minutes soit +/- 35 minutes par jour presté multiplié par 220 jours prestés ce qui équivaut à 128 heures par an soit 18 jours effectifs. Des mesures telles que la réduction proportionnelle de salaire, la prestation dâheures supplémentaires ou le pointage lors de chacune des pauses "tabac" sont sujets à caution. Lâidéal est que lâentreprise décide de nâautoriser à fumer à lâextérieur ou dans un fumoir, que lors des pauses accordées à lâensemble des travailleurs, par exemple, pendant lâheure de table".
Robert Derumes
Texte de lâarrêté royal relatif à la protection des travailleurs contre la fumée de tabac 19/01/2005
Article 1er. Le présent arrêté sâapplique aux employeurs et aux travailleurs, ainsi quâaux personnes y assimilées, visés à lâarticle 2, § 1er, 1°, a) à d) et 2°, de la loi du 4 août 1996 relative au bien-être des travailleurs lors de lâexécution de leur travail.
Art. 2. Le présent arrêté ne sâapplique pas :
1° dans tous les lieux fermés où sont présentées à la consommation des denrées alimentaires et/ou des boissons et où il est autorisé de fumer, en application des articles 2, § 2, et 3, § 1er, de lâarrêté royal du 15 mai 1990 portant interdiction de fumer dans certains lieux publics;
2° dans les lieux fermés de toutes les institutions de services sociaux et des prisons, qui sont à considérer comme des espaces privés, et où les résidents et non-résidents peuvent fumer sous les conditions qui leur sont fixées;
3° dans les habitations privées, à lâexception des espaces destinés exclusivement à un usage professionnel et où des travailleurs sont occupés. Art. 3. Pour lâapplication du présent arrêté, on entend par :
1° la loi : la loi du 4 août 1996 relative au bien-être des travailleurs lors de lâexécution de leur travail;
a) tout lieu de travail, quâil se trouve dans une entreprise ou un établissement, ou en dehors de ceux-ci, et quâil se trouve dans un espace ouvert ou fermé, à lâexception de lâespace à ciel ouvert;
b) et tout espace ouvert ou fermé dans lâentreprise ou lâétablissement, où le travailleur a accès;
3° équipements sociaux : les installations sanitaires, le réfectoire et les locaux destinés au repos ou destinés aux premiers soins;
4° fumoir : local où il est autorisé de fumer et qui est exclusivement destiné à cet effet;
5° le Comité : le Comité pour la prévention et la protection au travail ou, à défaut, la délégation syndicale ou, à défaut, les travailleurs eux-mêmes conformément
Art. 4. Tout travailleur a le droit de disposer dâespaces de travail et dâéquipements sociaux exempts de fumée de tabac.
Art. 5. § 1er. Lâemployeur interdit de fumer dans les espaces de travail, les équipements sociaux, ainsi que dans les moyens de transport quâil met à la disposition du personnel pour le transport collectif du et vers le lieu de travail.
§ 2. Par dérogation à lâinterdiction visée au § 1er, il est possible de prévoir un fumoir dans lâentreprise, après avis préalable du Comité. Ce fumoir est efficacement ventilé.
Le règlement dâaccès à ce fumoir pendant les heures de travail est fixé après avis préalable du Comité.
Ce règlement ne peut pas causer dâinégalité de traitement entre les travailleurs.
Art. 6. Lâemployeur prend les mesures nécessaires pour veiller à ce que les tiers qui se trouvent dans lâentreprise soient informés
des mesures quâil applique en vertu du présent arrêté.
Art. 7. § 1er. Jusquâà la date dâentrée en vigueur des articles 4, 5 et 6 du présent arrêté, lâemployeur met en place une politique globale de restriction de lâusage du tabac dans les espaces de travail et les équipements sociaux, dans le cadre du système dynamique de gestion des risques.
§ 2. La politique globale visée au § 1er:
1° fixe les mesures nécessaires pour restreindre lâusage du tabac dans les espaces de travail et les équipements sociaux, ainsi que leurs modalités dâapplication, et prend, si nécessaire, les dispositions matérielles complémentaires afin dâéliminer les nuisances dues à la fumée de tabac dans lâair ambiant;
2° est portée à la connaissance de tous les travailleurs.
Art. 8 : disposition abrogatoire
Art. 9 : disposition concernant lâintroduction dans le code sur le bien-être au travail
Art. 10. Le présent arrêté entre en vigueur le 1er jour du mois qui suit celui au cours duquel il aura été publié au Moniteur belge, à lâexception des articles 4, 5 et 6 qui entrent en vigueur le 1erjanvier 2006 aux dispositions de lâarticle 53 de la loi.
Le cas de la France
En France, depuis le 1er février 2007, il est interdit par décret de fumer dans les lieux publics : entreprises (sauf fumoirs répondant à des règles strictes), établissements scolaires (y compris dans les cours de récréation), administrations, commerces, centres commerciaux, établissements de santé, maisons de retraite (par contre, on peut fumer dans la chambre considérée comme espace privatif), gares et aéroports, salles de sport ou de spectacle, moyens de transports collectifs. Exceptions : les cafés, restaurants, casinos et discothèques.
Le 1er janvier 2008, lâinterdiction sera étendue à tous les espaces publics fermés sans exception.
