Impôts sur les fonds d'investissement et taxe sur les produits d'assurance
Lâimpôt sur les fonds dâinvestissement et la taxe sur les produits dâassurance entrera en vigueur le 1er janvier 2006. Début décembre, les derniers détails ont été réglés. Le texte définitif doit toutefois encore être publié au Moniteur belge. Il y a en outre quelques problèmes pratiques. Non seulement les banques doivent encore adapter leurs systèmes informatiques, mais les statuts des fonds de distribution doivent également encore être modifiés.
Ces mesures nous causent toutefois encore du souci. Il y a dâabord la taxe sur les plus-values qui nâest pas encore réglée. En effet, en 2008, les plus-values sur les fonds dâobligations seront taxées. En outre, il nâest pas exclu que le nombre de fonds visés soit encore étendu sâil sâavérait que les objectifs budgétaires ne seraient pas atteints. Câest tout à fait inacceptable. Par le biais de quelques questions, nous mettons les pendules à lâheure.
Quels sont les instruments dâinvestissement visés ?
La mesure concerne les fonds (SICAV et fonds communs dâinvestissement) qui investissent pour plus de 40% dans des obligations ou autres produits à rente fixe. Ce pourcentage est déterminé au moyen de la politique dâinvestissement telle quâelle est déterminée dans le règlement du fonds ou dans les statuts des institutions dâinvestissement. Il sâagit ici notamment des fonds dâobligations, fonds à court terme (fonds du trésor et monétaires) et des fonds mixtes à profil défensif (25% dâactions/75% dâobligations) et neutre (50% dâactions/50% dâobligations). Des exemples de ceux-ci sont Dexia Fullinvest Low et Medium, Sivek Global Low et Medium... Dexia Full Invest et Sivek Global High qui nâont au maximum que 25% dâobligations ne sont pas visées par les nouvelles mesures Fortis anticipe déjà sur la nouvelle taxe par la création de Fortis B Fund Optimum. Avec ses 35% dâobligations, ce fonds reste tout juste sous les 40%.
Est-ce que tous les fonds qui investissent pour plus de 40% dans des actifs à rente fixe sont visés ?
Non, tous ces fonds ne sont pas visés. Il sâagit, provisoirement toutefois, uniquement des fonds avec passeport européen. Les fonds avec un passeport européen peuvent également être librement diffusés dans les autres Etats membres de lâUnion européenne dès quâils ont reçu lâapprobation dâun seul Etat membre. Il ne faut donc pas demander encore lâapprobation des autorités de contrôle de lâEtat membre où les fonds sont vendus. Une communication suffit. Parmi les fonds de droit belge, les SICAV belges, 38,8% avaient à la fin 2004 un passeport européen. Les fonds de droit étranger, dont les SICAV luxembourgeoises, ont généralement un passeport européen. Les SICAV de droit étranger se reconnaissent généralement par le début du nom du fonds : Fortis L Fd Bond, Dexia L, PAM (L) Bonds, ING (L) Renta Fund... Tous les fonds dâobligations de notre sélection de fonds ont un passeport européen. Câest le cas de Inflation@Work, Fortis L Fd Bond Emerging Europe, Dexia Bonds International, ING L Renta Fund Eurocredit, PAM (L) Bonds Universalis, PAM (L) Bonds Quality et KBC Bonds Europe. Il sâavère dâailleurs quâil nây a que peu de fonds dâobligations sans passeport européen. En outre, pour la fixation de la limite de 40%, les obligations émises avant le 1er mars 2001 ou les obligations dont le prospectus dâémission initial a été approuvé avant cette date (ce quâon appelle la clause du grand-père), nâen font pas partie. La SICAV Fortis L Fund Bond World 2001, qui a pourtant un passeport européen, nâest donc pas visée par cette mesure budgétaire parce quâau moins 85% du portefeuille est investi en obligations avec clause du grand-père. Contrairement à ce qui a été plusieurs fois publié dans la presse, il ne sâagit donc pas des fonds dâobligations émis avant mars 2001.
Est-ce que tant les fonds de capitalisation que les fonds de distribution sont visés ?
Non, la mesure a trait uniquement aux actions de capitalisation. Pour les fonds de distribution, le précompte mobilier de 15% (25% pour les SICAV étrangères émises avant le 1er janvier 1994) est déjà prélevé du coupon distribué. Les fonds de distribution sont des fonds qui doivent distribuer 100% de leurs revenus nets. Par le passé, câétait au moins 90%. La plupart des banques distribuaient toutefois déjà 100% des revenus des intérêts. Cette mesure nâa donc en principe aucune influence sur le montant des coupons.
Est-ce uniquement la partie intérêt qui est visée ou également les plus-values ?
Comme les choses se présentent maintenant, jusquâau 31 décembre 2007, un précompte mobilier nâest retenu que sur la partie intérêt. Par partie intérêt, on entend la partie des revenus qui provient des paiements des intérêts, autrement dit des coupons. Ainsi, le montant imposable peut être différent du résultat effectivement obtenu. Imaginons que la valeur dâinventaire ou le cours dâune SICAV dâobligations soit 100 euros et que le prix dâachat était de 100 euros, et que la partie intérêt est de 4 euros et quâil y ait une moins-value de 4 euros. Dans ce cas, il y a néanmoins une taxe due sur 4 euros ou la partie intérêt. Cette mesure va ainsi plus loin que la directive dâépargne européenne, pour laquelle la composante dâintérêt nâest imposable que dans la mesure où le prix de vente est plus élevé que le prix dâachat. Imaginons que la valeur dâinventaire soit de 105 euros, et que 2 euros proviennent du bénéfice de cours sur les obligations et 3 euros proviennent de lâintérêt , une taxe est alors due sur ces 3 euros. A partir du 1er janvier 2008, tant les revenus de lâintérêt que les revenus du cours des obligations seront soumis au précompte mobilier. La base imposable est dans ce cas la différence entre le prix de vente et le prix dâachat. Il est possible que le gouvernement en décide autrement. En 2007, il y a en effet des élections pour le parlement fédéral.
Quand cette taxe est-elle due ?
Cette taxe est due au moment où vous vendez votre SICAV de capitalisation ou fonds commun dâinvestissement ou lorsque le fonds est liquidé. La mesure entre en vigueur à partir du 1er janvier 2006 et est dâapplication pour tous les revenus dâintérêt perçus depuis le 1er juillet 2005. Vous devez naturellement vous rendre compte que dans le cas dâun fonds de distribution, vous payez le précompte mobilier de 15% sur le coupon. Au plus les investisseurs convertissent les fonds de capitalisation en fonds de distribution, au mieux câest pour lâEtat car il sâassure ainsi des revenus récurrents. Pour lâinstant, lâinvestisseur ne bénéficie pas dâavantage du passage de lâun à lâautre régime mais à partir de 2008, il jouira du fait que les plus-values seront taxées sur les sicav des capitalisation et pas sur celle de distribution. Si par exemple, les obligations dâun fonds procurent en moyenne un coupon de 3%, cela signifie que la taxe sera de 0,45% sur base annuelle.
Puis-je encore échapper à cette taxe ?
Câest possible. Si vous vendez avant le 1er janvier 2006, la taxe nâest pas dâapplication. La question est alors: quelle alternative y a-t-il?. Vous pouvez bien sûr passer à des fonds dâactions, qui ne sont pas touchés par cette mesure. Il faut bien sûr à ce moment-là tenir compte du profil de risque augmenté de votre portefeuille. De plus rappelons que cette taxe nâest due que pour les personnes privées et non pour les sociétés ou autres entités juridiques.
Les fonds de distribution ne sont pas visés. Puis-je alors échanger sans frais mes fonds de capitalisation contre des fonds de distribution ?
Vous pouvez toujours passer de fonds de capitalisation à des fonds de distribution. Si vous faites le passage dans une seule et même SICAV (par exemple de Dexia Bonds Europe à Dexia Bonds International ou dâactions
de capitalisation de Dexia Bonds Europe à des actions de distribution de Dexia Bonds Europe), vous payez à lâheure actuelle 0,5% de taxe boursière. Renseignements pris, il apparaît que les banques ne portent pas de frais dâentrée en compte. Si vous passez à une autre SICAV (par exemple de Dexia Bonds Europe à Fortis L Bond Emerging Europe), vous payez également une taxe boursière de 0,5%. A partir du 1er janvier 2006, cette taxe boursière augmentera à 1,1%. Pour favoriser la conversion de fonds de capitalisation à des fonds de distribution, la taxe boursière payée entre le 1er janvier 2006 et le 28 février 2006 peut être récupérée. Il doit toutefois sâagir alors dâun passage au sein dâune seule et même SICAV. Il y a en outre 2 autres conditions. Vous êtes tenu de conserver encore après la conversion les fonds de distribution pendant au minimum une année et les titres ne peuvent pas être demandés matériellement. Autrement dit, ils doivent être enregistrés de façon nominative dans lâinstitution dâinvestissement ou être placés sur un compte-titres. A la suite de lâobligation de conservation, vous ne récupérerez la taxe boursière de 1,1% quâaprès un an.
Les SICAV avec protection de capital sont-elles visées ?
Les fonds avec protection de capital ne sont pas visés. Non pas parce quâil sâagit de fonds avec protection de capital, mais parce que ces fonds ne possèdent pas de passeport européen. Mais attention, le gouvernement laisse encore la porte entrouverte. Si lâobjectif du revenu budgétaire nâest pas atteint, il pourrait étendre ces mesures à dâautres produits, entendez par là les fonds sans passeport européen.
Quels sont les investissements qui ne relèvent pas de cette mesure budgétaire ?
En premier lieu évidemment, les fonds qui investissent pour moins de 40% dans des titres à intérêt fixe et qui ne possèdent pas de passeport européen. Sont visés ici notamment les fonds mixtes de profil agressif (câest-à -dire 25% dâobligations/75% dâactions), les fonds dâactions et les fonds dâobligations qui investissent en obligations datant dâavant mars 2001. Les actions, obligations, bons de caisse, dépôts à terme individuels, etc., ne sont pas concernés. Pas plus que les fonds dâépargne-pension ou les produits dâassurance.
Les produits dâassurance restent-ils alors tout à fait hors de portée ?
Non, mais les produits dâassurance échappent néanmoins à la taxe sur les fonds dâobligations. En lieu et place, il y aura à partir du 1er janvier 2006 une taxe de 1,1% sur les primes. Cette taxe doit être payée par lâinvestisseur lui-même. Initialement, il avait été prévu que les assureurs la paieraient, mais ce nâest plus le cas. La taxe est dâapplication sur les produits dâinvestissement, les comptes dâassurance de la branche 21 (par exemple Compte First dâEthias, Crest dâAXA, Diamant Invest des Assurances fédérales...) et des contrats dâassurance de la branche 23. Vous payez cette taxe sur les nouvelles primes que vous versez. Si vous avez déjà un produit dâassurance en cours, rien ne change pour les montants déjà versés. La taxe ne vaut que pour les nouveaux versements. La taxe est dâapplication tant pour les produits dâassurance belges que pour les produits dâassurance étrangers qui sont commercialisés en Belgique. Seule lâassurance dâépargne-pension échappe à cette taxe. A lâétranger, cette taxe nâexiste pas. Pour qui souhaite encore acheter un produit dâassurance, mieux vaut le faire avant le 1er janvier 2006. Faites toutefois attention, ces comptes dâassurance doivent être conservés pendant 8 ans, sinon, vous allez payer le précompte mobilier.
Y a-t-il un avantage à acheter ses fonds dâobligations à lâétranger ?
Non, car depuis lâinstauration de la directive épargne européenne le 1er juillet 2005, à lâétranger aussi, les fonds qui investissent pour plus de 40% dans des titres à intérêt fixe sont sujets à une retenue à la source de 15%. En outre, vous êtes obligé de déclarer les revenus en Belgique, ce qui fait que la taxe communale est également due. La seule différence est que, si la valeur dâinventaire nâa pas augmenté, il nây a pas non plus de taxe due sur la composante de lâintérêt. Par ailleurs, il nây a pas non plus de taxe boursière dâapplication.
Faut-il alors, à la lumière de ces mesures, que je vende mes fonds dâobligations ou produits dâassurance ?
Nous ne céderions pas à la panique. Ce ne serait dâailleurs pas très sage dâinvestir uniquement dans du capital risque (entendez des produits dâactions). Par lâinstauration de la taxe, vous payez ainsi à partir du 1er janvier, tout comme pour les obligations individuelles ou autres produits à intérêt, 15% de précompte mobilier. Cela ne peut être évité quâen choisissant un fonds qui a en portefeuille moins de 40% dâobligations. Mieux vaut donc dâabord faire lâinventaire de la répartition actuelle de votre portefeuille. Si vous souhaitez continuer à investir de façon défensive, le livret dâépargne (à intérêt élevé), fiscalement favorable, peut constituer une alternative. Vous pouvez également envisager de transférer une partie vers un compte dâassurance de la branche 21, qui, jusquâau 31 décembre 2005, nâest pas encore soumis à la taxe de 1,1%. Mais vous devez alors maintenir le compte dâassurance pendant 8 ans. Vous échappez également à cette taxe si vous investissez avant la fin de lâannée dans un produit de la branche 23. Dans cette catégorie également, il y a des investissements défensifs.
Un article de L'Investisseur (13 décembre 2005)
