Regard vers la maternité et la petite enfance en Gaule romaine
Il y a 2000 ans, être enceinte nâétait pas seulement une réalité biologique, câétait aussi une nécessité sociale et civique. Le fils tant attendu allait perpétuer le nom du père; la fille se préparer au mariage et à la procréation. Mais avant dâentrer dans la vraie vie, lâenfant et sa mère avaient recours aux divinités, croyances et magie afin que la grossesse et lâaccouchement se passent pour le mieux et que le bébé survive. Cette exposition au Musée du Malgré-Tout à Treignes nous renvoie vers notre propre conception de la famille et de lâenfant.
A la naissance, la plupart des filles de lâAntiquité romaine ont leur vie toute tracée : elles seront mère et toujours soumises à la puissance masculine. Jusquâau mariage, elles sont sous lâautorité du père. Ensuite, elles dépendent entièrement de leur époux, même si elles sâadonnent au commerce, à lâart, à lâéconomie ou encore, à la médecine. Chaque démarche et papier importants doivent recevoir lâaval de lâhomme pour être reconnus. Quand lâune dâelle devient veuve, on lui nomme un tuteur. Quand une autre divorce, elle retourne, avec sa dote, vivre chez son père. Les femmes romaines nâont aucun droit politique et sont exclues de la plupart des pratiques religieuses.
Le mariage est un acte privé. Il ne se conclut pas devant un magistrat et ne sâinscrit pas dans un registre. Dans les familles aisées, les alliances sont décidées alors que les futurs mariés ne sont encore que des jeunes enfants. Dès quâils atteignent lââge légal, autrement dit 12 ans pour la fille et 14 ans pour le garçon, ils sont unis par leur père respectif. Les jeunes époux vont alors tenter de remplir leur "contrat" de mariage : avoir des enfants légitimes.
La grossesse, une maladie nécessaire...
Au début de notre ère, la conception est une histoire de femme. De plus, lâacte sexuel est rigoureusement préparé. Ainsi, les médecins antiques préconisent dâéviter la fatigue de rapports trop fréquents, de ne pas être ivre,⦠Lucrèce (in "De la nature des choses", IV 1263-1267) donne même la position idéale : "Il semble bien que ce soit dans lâattitude des animaux quadrupèdes que la femme est le plus facilement fécondée, parce quâainsi les germes atteignent sans peine leur but, grâce à lâinclinaison de la poitrine et au soulèvement des reins".
Ces mêmes médecins considèrent la grossesse "comme une maladie, nécessaire mais désagréable, entraînant faiblesse et vieillissement prématuré". Elle se soigne avec des plantes telles que lâarmoise commune pour favoriser, entre autres, les menstruations, les mauves pour précipiter lâaccouchement, le lis martagon pour accroître la sécrétion lactée,â¦
Le bon déroulement de la grossesse et de lâaccouchement est aussi remis entre les mains des dieux. La diversité des rites magiques â amulettes, formules, décoctions â ainsi que des ex-voto déposés dans les sanctuaires témoignent du besoin de soutien des femmes confrontées aux incertitudes de la maternité.
Naître et survivre
Au bout de 7 voire 10 (!) mois lunaires, vient le temps de lâenfantement. Lorsque lâenfant se présente bien, la mère accouche chez elle, aidée par une sage-femme notamment. Si le bébé se place mal, en siège par exemple, un médecin est appelé en renfort.
A lâarrivée de lâenfant, la sage-femme lâexamine. Sâil est bien constitué, elle le présente au père qui lâaccepte ou le refuse. Dans ce dernier cas, le petit est soit abandonné, soit donné à une famille qui ne peut avoir dâenfant ou vendu à un marchand dâesclaves.
Quand lâenfant est accepté, il prend une place considérable dans la famille. La preuve : le soin apporté aux tombes. Elles sont en effet garnies dâaccessoires vestimentaires, vaisselle, jouets, amulettes,⦠Certaines regorgent de véritables petits trésors. Les tombes sont parfois également surmontées de très jolies stèles, avec un texte gravé et/ou lâimage sculptée de lâenfant.
Bien entendu, la richesse des sépultures dépend du statut social et de la culture des parents. Mais quelle que soit la couche à laquelle ceux-ci appartiennent, tous sont confrontés aux mêmes dures réalités de la vie : la moitié des nourrissons meurent avant lââge dâun an."De multiples dangers guettent lâenfant dès la naissance", écrit Jacques Troadec, conservateur en chef du Patrimoine de la Ville de Bourges dans le catalogue de lâexposition "Maternité et petite enfance dans lâAntiquité romain", "les maladies, à commencer par celles qui nous paraissent bénignes aujourdâhui, frappent cruellement jusquâà lââge de cinq ans et plus particulièrement au cours de la première année dâexistence".
Au Musée du Malgré-tout
A travers une riche collection dâobjets particulièrement rares â dont une quarantaine ont été mis au jour en Belgique â le Musée du Malgré-tout répond à toute une série de questions sur la femme, la mère et lâenfant dans lâAntiquité : comment est vécue lâarrivée de lâenfant ? Les mères travaillent-elles ? Comment choisit-on le nom dâun enfant ? Nourrit-on un bébé au biberon ?...
"Maternité et petite enfance en Gaule romaine" passionnera autant les grands que les petits. Les petiots découvriront en effet des jouets vieux de 2000 ans, en somme les ancêtres de leurs propres voitures, animaux de la ferme, poupées, dînettes,â¦
Infos pratiques
Exposition "Maternité et petite enfance en Gaule romaine" créée par le Service dâArchéologie Municipal de la ville de Bourges
Musée du Malgré-Tout â rue de la Gare, 28 - 5670 Treignes
Tél. +32(0)60/39.02.43 â e-mail : cedarc@skynet.be
Site web : users.skynet.be/cedarc
Jusquâau 18 décembre 2005. Ouvert du lundi au vendredi de 9h30 à 17h30, les week-ends et jours fériés de 10h30 à 18h. Fermé le mercredi, sauf vacances scolaires et jours fériés.
Exposition bilingue français-néerlandais. Catalogue en français et résumé néerlandais.
Visites guidées et animations pour les groupes de à 25 : sur réservation.
Tarifs :
- adulte : 5 euros
- étudiant ou senior : 4 euros
- enfant de 6 Ã 12 ans : 2,50 euros
- moins de 6 ans : gratuit.
