Maigrir: l'obsession du 21e siècle

L’année dernière, plus de 4?000 opérations de chirurgie gastrique ont été pratiquées dans notre pays. Pour de nombreuses personnes, la gastroplastie semble être la seule manière de contrôler son poids. Mais n’y a-t-il vraiment pas d’autres solutions ?


Si on nous enlève une partie de l’estomac, on mange moins. Il s’agit d’une idée simple et d’une intervention tout aussi facile, mais cela ne signifie pas que tout le monde entre en ligne de compte. D’ailleurs, le chirurgien n’enlève pas littéralement une partie de l’estomac.

En fait nous plaçons un anneau autour de la partie supérieure de l’estomac, nous explique Jan Paulussen, interniste-gériatre qui dirige un cabinet spécialement consacré à l’étude de l’obésité à l’hôpital de Herentals. Cette intervention permet de réduire considérablement la taille de l’estomac. Après 2 cuillères de soupe, vous être déjà rassasié. Les premières semaines après l’opération, la plupart des patients ne consomment plus que 600 calories par jour. J’ai traité un homme qui continuait à manger trop mais il s’agissait d’un cas de gourmandise exagérée. 

Il s’agit d’une opération endoscopique ; les risques de complications sont donc très limités, ce qui n’est pas le cas d’autres méthodes telles que l’agrafage vertical, le By-pass (surtout pratiqué aux États-Unis) ou la gastrectomie. Ces interventions sont non seulement irréversibles, mais provoquent également de nombreux effets secondaires qui réduisent les ballonnements causés par la restriction gastrique à un banal petit désagrément. Les complications telles que la diarrhée, les problèmes de digestion et l’ostéoporose sont la raison pour laquelle Jan Paulussen ne pratique pas ce genre d’interventions radicales. De toute façon, il a déjà assez de travail.

Nous sommes nous-mêmes surpris de la demande. On pourrait même dire que nous avons commencé à pratiquer ces traitements à la demande des patients, en particulier la demande croissante pour des interventions chirurgicales.

Imposez-vous certaines conditions à vos patients?

Jan Paulussen : Nous ne considérons l’intervention chirurgicale ou ne la proposons nous-même que si le patient a déjà tout essayé et a suivi au moins un régime sérieux de longue durée. 

Quand peut-on parler de régime sérieux ?

Jan Paulussen : Un régime sérieux est un régime d’au moins 6 mois, suivi par un diététicien professionnel. La prise de médicaments disponibles en pharmacie n’est en aucun cas considérée comme une tentative de régime valable. Évidemment, les personnes qui demandent une intervention chirurgicale ont généralement déjà tenté un régime sérieux et parfois avec succès. Certaines ont perdu 25 kilos, mais persévérer, c’est-à-dire modifier son alimentation, s’avère souvent plus laborieux. Nous vivons dans un monde d’abondance alors que le corps se contente en fait de très peu. Il est presque impossible de ne pas aimer manger, de ne pas y trouver du plaisir.

Il y a donc bien des personnes qui parviennent à perdre des dizaines de kilos avec des régimes ?

Jan Paulussen : Lorsqu’elles profitent d’un accompagnement professionnel, oui : un régime sain donc, sans l’aide de toutes sortes de “remèdes”.

Comment se fait-il qu’après toutes ces années, l’industrie de l’amaigrissement tourne-t–elle toujours à plein régime? Depuis le temps, nous savons pourtant tous que ces médicaments ne fonctionnent pas…

Jan Paulussen : Oui, les gens choisissent toujours la solution de facilité et ils veulent être trompés. Les personnes au bout du rouleau qui n’entrevoient aucune solution se laissent volontairement aveugler. On constate le même phénomène pour d’autres maladies, les infections chroniques ou le cancer par exemple. Les gens veulent avoir quelque chose à quoi s’accrocher. Mais seul un changement d’alimentation radical permet de venir à bout des kilos.

Au début des années 1990, des médicaments sont apparus sur le marché. Ils permettaient effectivement de perdre du poids mais, fort heureusement, ils ont été interdits. Il s’agissait en effet de produits dangereux. Actuellement, il n’y en a plus que 2 qui sont reconnus en Belgique. Xenical contient de l’orlistat, une substance qui empêche l’assimilation des graisses, bloquant ainsi leur digestion. Les graisses passent directement dans les intestins. Reductil est un médicament à base de sibutramine, un dérivé des amphétamines, comme la plupart des coupe-faim. Un usage prolongé de ce type de médicaments accroît les risques de troubles pulmonaires et peut également endommager la valvule auriculo-ventriculaire, entraînant parfois même la mort. C’est pourquoi Reductil ne peut être utilisé que pendant un an maximum. Ces 2 médicaments peuvent causer constipation, bouche sèche, insomnies, maux de tête, vertiges et une augmentation de la pression artérielle. Quand on considère tous ces effets secondaires, on se dit qu’il vaudrait peut-être mieux que Xenical et Reductil soient retirés du marché comme leurs prédécesseurs. De plus, ces médicaments sont très chers et ne sont pas remboursés.

Mais la question est évidemment de savoir si ces médicaments fonctionnent. Les personnes obsédées par leur poids accepteront sans problème les effets secondaires.

Jan Paulussen : Ces médicaments permettent de perdre au maximum cinq à dix pour cent du poids initial, si le patient suit également un régime strict. Et lorsqu’il arrête, il reprend les kilos perdus. C’est également pour cette raison qu’une modification définitive des habitudes alimentaires est absolument nécessaire. Sinon, ce sera de l’argent jeté par les fenêtres.

Les hommes prétendent souvent que leur surpoids dépend de facteurs héréditaires. Certains chercheurs estiment même que l’hérédité est responsable à 75%. Mais alors essayer de maigrir n’est-il pas peine perdue ?

Jan Paulussen : Ce nombre est très controversé. Les estimations vont de 25 à 75%. D’après moi, les facteurs environnementaux sont au moins aussi importants que la génétique. Le nombre de personnes en surpoids, dont de plus en plus d’enfants, a augmenté sensiblement depuis la 2de Guerre mondiale, ce qui démontre que l’environnement a une influence déterminante.

Nous savons également que la cause du surpoids n’est pas tant l’absorption d’une trop grande quantité de calories que le manque d’exercice. La sédentarité a ses inconvénients. Autrefois, les agriculteurs mangeaient beaucoup de lard, de saindoux (graisse) et de tartines au sucre, mais ils n’étaient pas gros pour autant. Le nombre de calories absorbées a à peine augmenté par rapport à cette époque mais les dépenses caloriques ont considérablement diminué. 50 à 100 calories supplémentaires par jour se remarquent à peine, mais sur un an, on arrive à une différence de plusieurs kilos de graisse. D’ailleurs, la génétique de l’obésité n’a pas encore été décrite de manière précise, il est donc très difficile de donner des chiffres.

Il y a bien sûr des facteurs génétiques que l’on peut prendre en compte. Combien de calories dépense l’être humain pour faire fonctionner son métabolisme de base, en d’autres termes son corps au repos ? Dans quelle mesure êtes-vous enclin à pratiquer une activité sportive ? Comment perçoit-on le sucré et le salé ? Quels signaux vous envoie votre corps quand vous êtes rassasié ? Dans la nature, il y a très peu d’animaux obèses. Peut-être que le signal indiquant la sensation de satiété, s’il existe, n’est pas assez développé chez l’être humain. Mais si vous gavez vos animaux de compagnie, ils vont eux aussi grossir. La surcharge pondérale est donc clairement liée à l’excès de nourriture. Et cela ne facilite pas la vie des personnes avec un certain profil génétique. Les facteurs environnementaux renforcent les prédispositions génétiques.

C’est pourquoi si l’on découvre un jour un médicament permettant de perdre du poids efficacement, il s’agira nécessairement d’une substance qui agit sur les facteurs génétiques. Si l’on découvre ce signal de la satiété, nous pourrons tout simplement administrer aux patients un médicament qui coupe l’appétit. Mais selon moi, ce ne sera pas avant quelques années…

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