Un 'supermarché des seniors' à Berlin

Une cliente est venue souhaiter un bon départ à la retraite à Eberhard Schröder (photo : Charlotte Noblet)De l’extérieur, le magasin Netto du quartier de Lichtenberg, à l’est de Berlin, ressemble à tout supermarché discount : peu de fenêtres et beaucoup d’affiches promotionnelles. Et pourtant, la filiale n’est pas comme les autres : les employés y ont tous 45 ans ou plus !



Les employés d’un supermarché discount berlinois se sont réunis aujourd’hui pour souhaiter un bon départ à la retraite à l’un des leurs. A 63 ans, Eberhard Schröder n’a toujours pas oublié ses débuts dans l’entreprise : C’était il y a 10 ans. J’étais au chômage depuis plus d’un an et comme la plupart des 50 ans et plus, je ne trouvais rien. J’avais déjà envoyé plus de mille candidatures quand j’ai lu l’annonce des supermarchés Netto dans le journal. Ils cherchaient des personnes d’expérience de plus de 45 ans pour ouvrir une filiale. Ce fut ma chance. C’est vrai qu’on n’a pas souvent l’occasion de célébrer les départs en retraite dans la branche, renchérit une collègue. Mais chez nous, c’est déjà la 3e fois en 10 ans !. A 52 ans, Marion Thieme est ravie de travailler avec des collègues du même âge : On a souvent les mêmes problèmes, du coup on se comprend mieux et ça facilite les choses.

Des magasins 45+

Eberhard Schröder, 63 ans, part à la retraite après 10 ans de bons et loyaux services (photo : Charlotte Noblet)Dans ce magasin Netto, les employés y ont tous 45 ans ou plus. C’est le concept des magasins 45+ développé par Netto, explique M. Carnarius, chef des ventes de la chaîne commerciale à Berlin. L’idée vient de la maison-mère, au Danemark, et consistait à tester l’aptitude au travail des plus âgés. 10 ans après, le bilan est positif : Ca peut paraître surprenant mais nos employés sont aussi productifs que les plus jeunes et ils savent également travailler sur ordinateur. Enfin, contre toute attente, ils ne seraient pas plus en arrêt maladie que d’autres. A notre âge, vous évitez les faux pas si vous voulez garder votre travail, avance Eberhard Schröder qui, en 10 ans de carrière, n’a manqué qu’une seule fois pour aller chez le dentiste. Quand vous avez fait l’expérience du chômage, vous êtes motivé !.

Des quelque 7000 clients qui, chaque semaine, viennent faire leurs courses au "supermarché des seniors" de Lichtenberg, la plupart seraient satisfaits du concept 45+. Je viens en moyenne 3 fois par semaine, raconte une mère au foyer. Le personnel connait mes petites habitudes et me demande souvent comment va la santé, la famille. C’est agréable. Une retraitée apprécie, elle, d’avoir le temps de mettre ses courses dans son cabas : Je suis contente que ce ne soit pas un jeune à la caisse qui fasse tout très vite. Trop vite. Une autre cliente aux cheveux gris a apporté des fleurs à Eberhard Schröder pour son départ en retraite.

Une expérience concluante mais...

L’expérience est concluante, surtout dans ce quartier où les retraités sont nombreux, déclare M. Carnarius. Mais nous commençons à diversifier l’âge de nos employés. A 23 ans, Katarina Scheffler a ainsi rejoint l’équipe en septembre dernier : Je venais de terminer mon apprentissage dans une autre filiale Netto quand ils m’ont embauchée, raconte-t-elle. Une différence dans la manière de travailler ? Elle n’en remarque guère. Ce qu’elle regrette, c’est plutôt le manque de temps pour profiter de l’expérience de ses collègues plus âgés. Le chef des ventes acquiesce de la tête : Nos employés font le même travail que des autres et c’est parfois dur. Mais la nécessité de diversifier l’âge des employés vient d’ailleurs : Si vous voulez rémunérer les plus âgés à hauteur de leur expérience, vous devez embaucher des plus jeunes car les frais de personnel sont plafonnés. Et de préciser : C’est le principe du discount : le client n’est pas prêt à payer un centime de plus, alors vous n’avez guère de marge dans les budgets !

Le responsable des magasins Netto de la circonscription, M. Neumann, espère un changement des mentalités : Nous ne sommes pas une association de bienfaisance mais une entreprise qui a conscience du développement démographique en Allemagne. Les entreprises sont toutes confrontées au vieillissement de leurs employés. Et bientôt, on ne parlera plus des 45 ans et plus mais bien des 55 ans et plus ! Il faut donc revoir les approches du marché du travail. Aujourd’hui, 19% des Allemands ont en effet plus de 65 ans ; ils représenteront un tiers de la population en 2030.

Ver.di, le syndicat allemand des services responsable de la branche attend une politique cohérente du gouvernement allemand et non plus des mesures au coup par coup comme la retraite à 67 ans, les subventions à l’emploi des plus âgés ou encore le soutien financier de formations continues. L’Allemagne vieillit et doit reconsidérer la place des seniors dans la société.

Pourtant, alors même qu’il devient difficile de trouver du personnel qualifié dans certaines régions, les entreprises allemandes continuent généralement à licencier leurs employés autour de la cinquantaine. Je ne comprends toujours pas cette logique, confie Eberhard Schröder en hochant la tête. A 50 ans, vous avez encore la santé et en plus, vous avez l’expérience ! Jeune retraité, il n’exclut pas de revenir travailler de temps en temps au supermarché discount des seniors.

Charlotte Noblet (textes & photos)


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