Des Belges satisfaits de leur situation professionnelle?

En tout cas, ils le sont davantage que leurs voisins européens selon le Baromètre 2008 du bien-être et de la motivation au travail établi par Accor Services.


Selon le 3e Baromètre du bien-être et de la motivation au travail publié par Accor Services en juin 2008, 81% des salariés belges se déclarent aujourd’hui satisfaits de leur situation professionnelle. Ce très haut niveau de satisfaction, très stable ces 4 dernières années (77% de satisfaits en 2007 et 79% en 2005), distingue la Belgique de ses partenaires européens.

Dans l’ensemble des autres pays européens inclus dans le périmètre de l’enquête, le taux de satisfaction sur "la situation professionnelle en général" ne dépasse pas 65% (niveau atteint en Allemagne) soit un taux inférieur de 16% au taux belge. Ce résultat est d’autant plus singulier qu’il se consolide par rapport à 2007 et 2005 alors que, dans plusieurs pays européens (France, Italie), la satisfaction au travail tend plutôt à s’effriter.

Quand on leur demande de caractériser leur rapport au travail, les salariés belges citent, comme leurs homologues européens, la sécurité (32%) mais ils se différencient en choisissant ensuite plus notablement la fierté (19%) et le plaisir (18%) quand dans les autres pays c’est la routine qui suit le plus souvent la sécurité.

Un tel résultat interroge effectivement : comment expliquer un tel niveau de satisfaction et un positionnement si atypique en Europe ? Quels sont les piliers de la satisfaction au travail en Belgique ?

Des différences Wallons-Flamands

Comme déjà souligné en 2007, les résultats de cette enquête ne peuvent se comprendre sans prendre en compte les différences entre Wallons et Flamands dans leur relation au travail. Si leur niveau de satisfaction au travail est, dans les deux cas, très élevé (même si les Wallons semblent un peu moins satisfaits que leurs collègues flamands: 77% de satisfaits pour les Wallons vs. 85% pour les Flamands), les raisons de cette satisfaction ne sont pas parfaitement similaires.

Le baromètre permet d’identifier 4 piliers de la satisfaction des salariés :

  • environnement et contenu du travail;
  • reconnaissance et accomplissement de soi au travail;
  • la formation;
  • l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Les 2 premiers piliers font bien sûr partie des leviers de satisfaction communs aux Wallons et aux Flamands. Un bon niveau de satisfaction au travail va de pair avec un bon niveau de satisfaction sur la qualité de vie au travail et le contenu du travail mais aussi de satisfaction en termes de reconnaissance du travail et de perspectives d’évolution. 

Ensuite, plus spécifiquement, pour les Wallons, satisfaction au travail et accomplissement de soi par le travail apparaissent très liés: ils sont ainsi plus de 40% à juger qu’ils s’accomplissent souvent dans leur travail et plus de 50% à se penser souvent fiers de leur travail, des dimensions que l’on ne retrouve pas avec une telle importance chez les Flamands.

De leur côté, les Flamands présentent une satisfaction professionnelle très corrélée à l’équilibre et l’harmonie dans leur relation au travail : leur satisfaction au travail semble ainsi plus liée à la perception de leur environnement et de l’ambiance de travail et surtout de leur satisfaction en termes d’équilibre vie privée/professionnelle et de formation. Or, pour l’ensemble de ces piliers, on observe une consolidation de la satisfaction cette année. Cette consolidation n’exclut pourtant pas des points de fragilité qui, s’ils s’accentuaient, pourraient déséquilibrer l’édifice.

1er pilier: la qualité de vie et l’intérêt du travail

Comparativement à leurs homologues européens, les salariés belges apparaissent plutôt plus satisfaits de leur qualité de vie au travail. Ainsi, sur une échelle de 1 à 10, 39% donnent une note de 8 à 10 (contre 36% en 2007) et leur note moyenne est de 6,8 (contre 6,4 en 2007) quand dans les autres pays européens la note moyenne ne dépasse pas 6,4.

Les Belges sont aujourd’hui majoritairement satisfaits de l’environnement et de l’ambiance de travail (78% satisfaits). Ils jugent que leur employeur prête suffisamment d’attention à leur qualité de vie au travail (50%), leur santé (60%) et aux conditions de travail (59%).

Satisfaction élevée aussi quant à l’intérêt de leur travail: ils s’estiment ainsi satisfaits à 83% du contenu du travail et 87% du niveau d’autonomie.

Cependant, quelques signes de fragilités peuvent être soulignés :

  • Un niveau de stress élevé : les salariés belges apparaissent globalement plus stressés qu’en 2007 (une note moyenne de 6,6 contre 6,3 en 2007). 
  • Des modes de management perfectibles notamment dans cette gestion du stress au travail : 52% seulement des salariés belges se déclarent satisfaits de leur management et ils sont 60% à estimer que leur employeur ne prête pas suffisamment d’attention à ce niveau de stress.

2e pilier : la reconnaissance et l’implication au travail

Dans les différents pays européens de cette enquête, on note partout un haut niveau d’implication au travail. Si les salariés belges ne se s’écartent pas ici de l’ensemble des salariés européens (64% déclarent ainsi s’impliquer trop ou beaucoup), ils s’en distinguent par un haut niveau de satisfaction en termes de reconnaissance de cette implication au travail. Ainsi 64% d’entre eux déclarent être satisfaits de la reconnaissance de leur implication quand dans les autres pays européens à peine un salarié sur deux est satisfait.

Bien sûr, cette satisfaction n’est pas aussi élevée parmi l’ensemble de la population salariée belge : les salariés wallons ne sont satisfaits que pour 55% d’entre eux et en conséquence ont tendance à s’impliquer un peu moins que leur collègues flamands (40% déclarant ne s’impliquer que suffisamment et 30% annonçant que leur motivation diminue). Un risque de démotivation ou de détachement des salariés wallons demeure donc.

Ce niveau élevé de satisfaction en termes de reconnaissance peut en partie s’expliquer par un haut niveau de satisfaction sur la rétribution (64% satisfaits de leur rémunération et 50% des avantages sociaux) en Belgique comparativement aux autres pays européens (où la satisfaction sur la rémunération ne dépasse pas 44%). De ce fait, alors que dans les autres pays européens le problème du pouvoir d’achat et l’insatisfaction sur les salaires deviennent majeurs, en Belgique la préoccupation salariale, même si elle progresse (notamment face à l’élévation des coûts de transport : l’aide aux transports devant ainsi être une action prioritaire des employeurs pour 33% des salariés contre 24% en 2007), ne constitue pas un point fort de crispation.

3e pilier : la formation et le développement des compétences

La satisfaction quant aux possibilités de formation progresse en Belgique : 60% des salariés Belges se déclarant aujourd’hui satisfaits contre 55% l’an passé. C’est là encore un point fort comparativement aux autres pays européens où moins d’un salarié sur deux est satisfait en moyenne.

Des progrès restent cependant possibles :

  • Chez les Wallons, globalement moins satisfaits des possibilités de formation que leurs collègues flamands. 
  • Et plus généralement, un effort sur le développement des compétences de la part des entreprises reste attendu par 45% des salariés. 40% déclarant même qu’une action dans ce domaine est prioritaire.

4e pilier : l’équilibre vie privée/vie professionnelle

C’est peut-être sur le 4e pilier identifié – l’équilibre vie privée/vie professionnelle - que l’on observe le plus de tensions aujourd’hui.Certes, 77% des salariés belges sont satisfaits de l’équilibre entre les vies privée et professionnelle, et 82% d’entre eux ont le sentiment d’arriver à concilier ces deux sphères. Mais les salariés belges - et, plus singulièrement, les salariés wallons - peinent à cloisonner complètement leur vie privée et leur vie professionnelle : 61% des Wallons déclarent ainsi être souvent sollicités par leur travail en dehors des horaires et 57% être amenés à régler des problèmes personnels sur leur lieu de travail.

Dans ce contexte, la contrainte du manque de temps est citée en premier, avant le manque d’argent, par 30% des salariés belges. Ils sont aussi près de 30% à estimer souvent qu’ils consacrent trop de temps au travail. Assez logiquement, ils attendent que leur employeur agisse plus dans ce domaine : 51% attendent qu’il prête plus d’attention à leurs difficultés personnelles.

Robert Derumes


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