Non à la télé pour bébés

Depuis quelques années, les télévisions numériques proposent des chaînes éducatives pour les enfants de moins de 3 ans. Les spécialistes de l’enfance tirent la sonnette d’alarme : ces chaînes sont dangereuses pour le développement des tout petits.


??Ces chaînes émettent 24 heures sur 24. En journée, elles proposent des séries courtes, « ludiques, stimulantes et éducatives ». Le soir et la nuit, elles font place à des supports visuels apaisants pour faciliter l’endormissement. ?Les fabricants attestent que ces programmes sont conçus par des experts de l’enfance.?Les parents trouvent ça génial.

La réalité est moins rose. Tous les spécialistes de l’enfance s’accordent à dire que ces chaînes pour bébés sont néfastes. Les seules études réalisées révèlent même que ces chaînes ralentissent les enfants de 8 à 16 mois dans leur apprentissage linguistique !

Selon le psychologue britannique Aric Sigman, des enfants de moins de trois ans mis devant la télé présentent des déficits d'attention, de concentration, des troubles du sommeil et de l'alimentation.

Face à la prolifération de ces cadeaux empoisonnés (Baby TV, Tiji, Cbeebees, Baby first, Playhouse, etc), le psychiatre et psychanalyste français Serge Tisseron a tiré la sonnette d’alarme. Il explique les dangers pour ces bébés "téléphages".

Contraire au développement de l’enfant

Le développement d’un jeune enfant passe par la motricité et la capacité d’interagir avec les différents objets qu’il rencontre. Serge Tisseron explique : "un tout petit ne peut se construire que dans une relation corporelle, sensorielle et motrice avec le monde. Il a besoin de pouvoir bouger, interagir, prendre des objets, les lâcher." ?Cela n’est pas possible avec la télé. Celle-ci le rend au contraire captif.

"Il tend les bras, essaie de toucher l'écran, puis se cramponne à son accoudoir pour prendre quelque chose. Il est malheureux", continue-t-il. ??Pire, ce qu’il voit lui fait peur. "Un bébé n'a pas un champ visuel aussi large qu'un adulte. Face à un personnage qui fait le même pas sur un fond qui défile, il ne comprend pas qu'il se déplace. Il est aussi agressé par les mouvements d'objets allant du fond de l'écran vers l'avant, jusque l’âge de deux ans et demi. Et il ne peut établir le lien entre ce qu'il voit et ce qu'il entend."

Le problème de dépendance

La création de chaînes, émettant 24 heures sur 24, peut inciter les parents à les utiliser comme une garderie pratique et pas chère, à n’importe quel moment de la journée. Or, de nombreux travaux d’éthologie, ont montré combien l’être humain est capable de s’accrocher aux éléments les plus présents de son environnement, dès les débuts de la vie et notamment, à ceux dont il a l’impression qu’ils le regardent. Serge Tisseron craint que les très jeunes enfants placés souvent devant une télévision ne s’attachent à elle. "Ces enfants ne pourraient se sentir bien au monde, autrement dit sécurisés, que si l’un de ces fameux écrans est allumé près d’eux."

?Il rappelle également aux parents qui seraient tentés d’installer la télé dans la chambre de leur  bébé, pour faciliter son endormissement, que ce n’est pas une solution. "Cela l’aidera sans doute à s’endormir que, mais cela lui évitera aussi d'affronter les angoisses de séparation... qu'il trouvera tôt ou tard sur son chemin."

?Un bébé doit faire face à l’absence, au vide et à l’ennui. Mais s’il n’a pas appris, il risque de devenir, à l’âge adulte, avide de consommation. Achats compulsifs, alcoolisme, partenaires multiples, ... un adulte qui ne se sent jamais apaisé et qui ne le sera jamais puisque le manque sera interne.

Les réactions

En France, Baby TV, Baby first et leurs équivalents ont provoqué beaucoup de réactions. ?L'avis de Serge Tisseron a été soutenu par une kyrielle de spécialistes de l’enfance. ?Le Collectif Interassociatif Enfance et Media (CIEM), a lancé des actions pour mobiliser à la fois l’opinion publique et les autorités françaises et européennes. Actions qui ont fait de l’effet puisque la Direction Générale de la Santé s’est finalement prononcée contre les chaînes pour les moins de 3 ans. Elle a également demandé à ce que les sociétés qui les commercialisent ne puissent alléguer de bénéfices pour la santé ou le développement de l’enfant non prouvés scientifiquement.

Et chez nous ? Yapaka, un programme de prévention de la maltraitance du Ministère de la Communauté française informe les spécialistes pour que ceux-ci puissent à leur tour informer les parents des dangers des télés pour bébés. ??Enfin, dans un article paru dans Le Soir, la ministre de l’audiovisuel Fadila Laanan, interpellée au sujet de ces chaînes au parlement de la Communauté française, faisait part de sa « crainte » et a ajouté que « la meilleure arme, c’est la prévention ».


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