Histoire du préservatif

Certains pensent peut-être que le condom est une invention récente, datant de l'épidémie de sida. C'est faux. Le condom est utilisé depuis plusieurs milliers d'années comme méthode de prévention contre les maladies sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées. Les matériaux utilisés ont énormément évolué.


Dans notre société où la religion n'admet pas la limitation des naissances, le condom, comme les autres moyens de contraception, a longtemps été tabou dans les conversations. Si les préservatifs se trouvaient dans les tables de nuit, ils étaient utilisés mais on n'en parlait pas. Le début de l'épidémie de sida a contribué à changer les mentalités. Dans nos pays occidentaux, le condom est depuis lors beaucoup mieux accepté, grâce notamment aux campagnes de prévention et d'information qui l'ont rendu incontournable dans la prévention du sida. Mais la situation n'est pas encore idéale.

Dans les pays du tiers-monde, qui sont les plus touchés par le sida, la situation est plus alarmante. Le sida crée des ravages parmi les adolescents et la population active. Cela provoque des problèmes pour cette souffrance humaine, mais le sida a également des conséquences économiques. De nombreux dirigeants africains ont une grande méconnaissance du sida et ne s'intéressent pas à la problématique. Ainsi, il y a quelques années, le président sud-africain Mbeki a soutenu dans un discours qu'il n'y avait aucun lien entre le virus HIV et la maladie du sida.

Mais depuis quand l'homme connaît-il l'usage du préservatif comme moyen de contraception et de prévention des MST ?

L'Antiquité

Le condom remonte à la nuit des temps. On en trouve déjà des traces dans l'Egypte ancienne. Sur des peintures murales, on a retrouvé un genre de condom primitif (des sachets de lin). Le but de ces condoms n'est pas réellement connu. On hésite entre un usage rituel et l'usage pour des raisons de santé. On n'a pas non plus de preuve qu'ils étaient utilisés comme moyens de contraception.

En Chine et au Japon, on retrouve également des traces anciennes. Ainsi, les Japonais auraient employé un genre de condom en cuir ou en écaille de tortue. Les Romains aussi connaissaient une forme de condom, fabriqué à partir d'intestins ou de vessies d'animaux.

Du Moyen Age à la révolution sexuelle des années 1960

Après la chute de l'Empire romain, le condom semble disparaître. On retrouve quelques traces qui remontent à la fin du Moyen Age. Les plus vieux condoms retrouvés datent environ de 1640. Les archéologues en ont retrouvé dans une tombe au Dudley Castle en Angleterre. Les traces plus anciennes consistent en représentations picturales.

Le condom réapparaît plus sérieusement au 16e siècle. C'est à cette époque que commence une grande épidémie de syphilis. D'autres causes directes ou indirectes ont contribué à l'expansion du préservatif : les guerres (avec les déplacements de troupes et des soldats à la recherche de distraction), les améliorations dans les transports, la croissance des transactions commerciales, l'expansion des villes (avec les bains publics et la prostitution), …

Dans les siècles qui suivirent, les condoms étaient fabriqués principalement avec des fibres de soie ou de lin ou avec des vessies et intestins d'animaux, tels les poissons, les moutons ou les chèvres. Ces condoms pouvaient être utilisés plusieurs fois et étaient équipés d'un ruban afin de pouvoir les fermer. L'origine du nom "condom" a plusieurs versions, mais la théorie généralement admise est que le nom vient du latin "condus".

Aux 17e et 18e siècles, on fait allusion au condom dans les sources écrites, par exemple, dans les écrits de personnages bien connus comme Casanova ou le Marquis de Sade. A partir de cette période, on trouve dans les grandes villes des magasins où l'on peut s'approvisionner. On n'a plus peur d'en faire la réclame (affiches, annonces). Le développement du caoutchouc vulcanisé par Goodyear en 1844 est une révolution dans la production de condoms. Il ne faut plus utiliser des entrailles animales et la production de masse devient possible.

Il reste une ombre au tableau du succès du préservatif, c'est le message à double sens véhiculé dans la société au sujet des MST et de la contraception. L'Eglise s'y oppose farouchement. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de contraception, mais elle reste un tabou. On préfère ne pas en parler.

Dans plusieurs pays, le condom a aussi une double signification : chez les hommes il est toléré quand il s'agit d'éviter les maladies sexuellement transmissibles, mais chez les femmes, puisqu'il peut servir à éviter des grossesses, il n'est pas admis. Cela se passe aussi bien dans les pays démocratiques que dans les dictatures. Les Nazis interdisaient l'utilisation du préservatif dans la sphère familiale parce que les femmes étaient supposées avoir le plus d'enfants possible afin de créer une race supérieure. Les soldats allemands, par contre, pouvaient utiliser le condom parce que les MST auraient pu provoquer des ravages dans les troupes.

Après la révolution sexuelle

Bizarrement, l'arrivée du féminisme et la révolution sexuelle des années 1960 n'ont pas aidé le condom à conserver son statut. L'avènement de la pilule contraceptive et le fait que les MST comme la gonorrhée et la syphilis pouvaient être guéries facilement ont précipité le déclin du préservatif. De moins en moins d'hommes fréquentaient les prostituées qui, elles, étaient habituées au condom. La révolution sexuelle offrait un nombre suffisant de partenaires.

On reparle maintenant de la "capote", mais le caoutchouc des années 1930 et 1940 a été remplacé par un latex liquide. La sécurité et le facteur de protection contre les maladies ont pris le pas sur la contraception, et les techniques de production y sont attentives. Il est possible d'acheter des préservatifs enduits de spermicide. Notons également qu'un condom féminin a été développé dans les années 1990.

Sources

  • DOOLEY, MM. "History of the condom." In : J Royal Soc Med 87:58, Janvier 1994.
  • YOUSSEF, H. "The history of the condom." In : J Royal Soc Med 86:266-228, Avril 1993.

Paul Willems


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