Un vrai vignoble wallon: utopie?

 A l'heure où de très nombreux projets de replantations de vignes fleurissent aux 4 coins de la Wallonie, une Appellation d'Origine Contrôlée (AOC) est en passe de voir le jour! L'AOC "Côtes-de-Sambre-et-Meuse" aura-t-elle les moyens quantitatifs et surtout qualitatifs pour devenir un nouveau fleuron de l'agro-alimentaire wallon? L'aventure mobilise en tout cas de très nombreux passionnés !


Un peu d'histoire...

Surprise !... Le vin belge, c'est une très vieille histoire ! Les premières vignes auraient été plantées vers le 7e siècle, l'apogée se situant vers le 14e siècle. La vigne est alors extrêmement courante sous nos latitudes (Huy, Liège, Louvain, Diest, Wavre...).

Comme d'habitude, diront certains, ce sont les moines qui s'avèrent être les maîtres du jus de la treille, qui leur sert non seulement pour célébrer la messe, mais aussi pour la pratique médicale, pour leur propre commerce ou pour leur consommation personnelle (avec modération, bien sûr...). Ces moines, principalement les Cisterciens, possèdent du temps, de la science et des terrains propices à la culture de la vigne, notamment en France (Clos-Vougeot, Aloxe-Corton,...). En Belgique aussi, les abbayes cisterciennes (Orval, Aulne, Grandpré, Villers,...) vont tout naturellement développer leurs propres vignobles.

Cependant, entre le 17e et le 18e siècles, le vignoble belge va disparaître presque complètement, sous l'effet de très forte gelées à répétition et de l'amélioration des voies de communication avec la France.

Les buts des nouveaux viticulteurs wallons

Plusieurs facteurs déterminent la farouche volonté de recréer le vignoble wallon. Tout d'abord, il y a l'aspect historique, la recherche de ses racines, un goût de terroir ancestral que l'on veut remettre au goût du jour. C'est particulièrement vrai pour les replantations "à l'identique" sur des sites abbatiaux tels que Villers-la-Ville ou l'Abbaye St-Denis près de Soignies.

Ensuite vient l'aspect camaraderie. Souvent chapeautés par une ASBL, les vignobles demandent beaucoup de bonne volonté de la part des membres qui s'y investissent : travail manuel incessant, achat de matériel, organisation de festivités,… tout cela resserre les liens fraternels entre les compagnons de la vigne! Enfin, il y a quelque fois un but pédagogique, d'altruisme voire d'humanisme qui est l'utopie ultime à réaliser, si d'aventure l'opération s'avère un temps soit peu rentable...

Les pionniers de la replantation : Huy, Torgny, Trazegnies

A Huy, en 1963, l'architecte Charles Legot, décide de défricher le coteau de l'ancien vignoble de la léproserie qui jouxte sa maison : le Clos Bois Marie est né. Et il a fait depuis bien des émules, puisque chaque année, les Huttois organisent même une fête des vignerons, où l'on peut déguster les cuvées des différents propriétaires s'étant lancés dans l'aventure oenologique!

En Gaume, Torgny, le plus méridional des villages de Wallonie possède notamment deux très beaux vignobles : le "Clos de la Zolette" et le "Poirier du Loup". Et qui ne connaît Trazegnies et son fameux vignoble complanté à même les pentes de son terril ? 4000 bouteilles sont ainsi vinifiées par an dans les caves du Château de Trazegnies, et vendues au profit d'une association qui contribue à la rénovation de ce bel édifice !

Les abbayes servent d'exemples

A Villers-la-Ville, la Confrérie du Vignoble de l'Abbaye de Villers-en-Brabant entreprend depuis 1990 la réhabilitation du vignoble intra-muros qui est adossé au Palais de l'Abbé. Une vingtaine d'ares, répartis sur 5 terrasses accueillent environ 570 ceps. Les expositions originelles de ces vignobles abbatiaux étaient généralement remarquablement choisies : ici, exposition sud-ouest à l'abri des vents froids. Les sables et limons du sol forment une structure favorable à l'accueil du vignoble. Les confrères de l'ASBL ont choisi de complanter leur site avec des cépages hybrides rouges ( le "Léon Millot" d'origine lorraine) et blancs (le "Sirius" et le "Phoenix" d'origine allemande, le "Bianca" d'origine hongroise). Ceux-ci résistent mieux aux maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium) et possèdent un cycle végétatif permettant des vendanges précoces, ce qui évite au maximum le risque de mauvais temps pendant cette phase cruciale.

Les Compagnons du Clos St-Denis ont eux jeté leur dévolu sur une parcelle d'environ un hectare, vignoble originel de l'Abbaye St-Denis, non loin de Soignies. Depuis novembre 2000, 1816 pieds de vignes ont été plantés de cépages traditionnels blancs (Muller-Turgau, Pinot gris, Chenin) et rouges (Pinot Noir, Gamay). Le but étant de vendanger pour la première fois en 2004, avec l'espoir de sortir environ 2500 bouteilles, principalement en blanc.

Des souscriptions privées de 10.000 francs belges ont permis aux particuliers sensibilisés par le projet, "d'acquérir" une partie de la vigne afin de couvrir les frais de clôture, construction d'un chalet, achat de motoculteur...Du beau boulot, assurément...

Le vin humaniste de Gilly

Même la banlieue populaire de Charleroi n'échappe pas à l'emprise de la vigne!

En effet, 630 plants de vigne poussent actuellement sur un coteau à Gilly. Ces ceps ont été plantés par des résidents du "Maillon", une maison d'hébergement pour personnes handicapées mentales. Ce sont des vignerons du Vaucluse qui supervisent le projet, né d'une amitié franco-belge et d'une idée remarquable de promotion sociale et de solidarité. Là encore, une Confrérie du "Clos du Maillon" a vu le jour, dont le Président d'Honneur n'était autre que le Bourgmestre de Charleroi! L'argent éventuellement récolté à terme pourrait servir à financer une salle polyvalente pour les activités récréatives des résidents du "maillon"... A méditer!

Les grands moyens arrivent

Philippe Grafé, l'ancien administrateur délégué du célèbre négociant namurois Grafé-Lecocq, est en passe de réaliser son rêve: créer en Wallonie un véritable domaine viticole ambitieux et...wallon!

Les premiers 25.000 pieds du Domaine du Chenoy à Emines (La Bruyère) viennent d'être plantés à l'aide d'une machine agricole au laser, venant d'Allemagne! Et ce n'est qu'un début, puisque le projet prévoit 42.000 pieds, sur une surface de 10 hectares dont 30% de blanc. Production estimée: 80.000 bouteilles par an!

Là aussi, on a fait confiance à ces fameux cépages hybrides mieux adaptés à nos latitudes, qui viennent d'ailleurs d'être reconnus officiellement pour leurs qualités, par les scrupuleuses autorités viticoles allemandes. A l'inauguration officielle du vignoble, le ministre wallon José Happart a rappelé que le projet d'arrêté de création de l'AOC "Côtes de Sambre et Meuse" est bien actuellement en préparation.

La vérité dans la bouteille

Il y a encore de récents vignobles à Nivelles, Boussu, Olloy-sur-Viroin... une vraie mer de vignes, cette Wallonie! Mais, on le voit, on s'éloigne de plus en plus d'un vignoble anecdotique et folklorique! Il faut dire que les exemples flamands incitent à y croire, avec déjà deux AOC ("Hageland" en Brabant et "Haspengouw" en Limbourg). Certains de ces vins du Nord se retrouvant d'ailleurs, à la carte des meilleurs restaurants du pays!

Bien sûr, rien n'est gagné, la vérité (comme toujours) sera dans la bouteille! Mais avant de pouvoir déguster ces futurs nectars wallons, il nous semble important d'encourager toutes ces nobles démarches, en participant aux différentes festivités organisées autour de ces vignobles d'avenir. Nos "jeunes" vignerons wallons ont besoin de soutien!

Sites web

  • Le site de la Confrérie du vignoble de Villers-la-Ville
  • Le site des amateurs de vins et vignes des régions septentrionales
    (avec les coordonnées des vignerons)

Didier Ergot


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