La vague des vins bio

Certains viticulteurs ont compris que la qualité et la typicité de leurs vins passaient par le profond respect de leurs terroirs. L'agriculture biologique et sa version radicale, la biodynamie, permettent sans doute de libérer les sols de leur carcan chimique, dont on a beaucoup abusé dans les précédentes décennies.


La chimie tue le terroir

Après les excès des années 60-70, quelques viticulteurs pionniers se sont mis à réagir à l'usage systématique de produits chimique dans la vigne: désherbants, levures exogènes, engrais, fongicides, insecticides... On s'est en effet aperçu que l'on mettait gravement en danger la notion même de terroir. Ainsi, les racines des vignes, habituées à se nourrir d'engrais en surface, ne descendaient plus en profondeur, pour y chercher les minéraux dont elles ont besoin pour leur croissance, ce qui est essentiel au fameux "goût de terroir ". De plus, les nombreux médicaments systémiques utilisés contre les parasites et autres champignons, appauvrissaient le sol en tuant la microflore et microfaune typique, qui protège naturellement la vigne.

Une certitude donc, la chimie tue plus sûrement le terroir que ne le fait les rendements excessifs.

Trois types de viticultures peuvent se présenter comme autant de solutions pour retrouver le côté naturel du métier: la lutte raisonnée, l'agriculture biologique et la biodynamie.

La lutte raisonnée

C'est la 1re étape sur "le droit chemin" : on va s'astreindre à s'éloigner de la culture donnant un cep de vigne assisté et productif. On ne bannit pas la chimie, mais on utilise les traitements uniquement lorsque cela s'avère vraiment nécessaire et ceci en doses particulièrement réfléchies. Ces domaines se permettent d'ailleurs des contraintes supplémentaires par rapport aux règlements en vigueur.

L'agriculture biologique

Ici, les pesticides et les engrais chimiques sont définitivement bannis. Le viticulteur essaie de préserver au maximum l'équilibre biologique de la nature. Il utilisera des produits d'origine naturelle tels que les insecticides végétaux, le cuivre, le soufre...

On veut privilégier la vie des sols, cela veut dire laisser pousser l'herbe qui va l'aérer, respecter l'écosystème environnant, favoriser la lutte naturelle entre les espèces... Cette viticulture bio a évidemment un coût : travail plus conséquent à la vigne, donc plus de main-d'oeuvre, traitements "naturels" plus onéreux, productivité moindre et rendements plus faible...

La biodynamie

Les viticulteurs optant pour la biodynamie, appliquent sans réserves les principes d'agriculture biologique mais en allant encore plus loin. En effet, ils partent de la théorie que le vignoble est une entité vivante avec un équilibre à respecter entre les quatre éléments : terre, eau, air et feu (soleil). La biodynamie se fonde sur des idées de Rudolph Steiner, philosophe, médecin et agronome autrichien de la fin du XIXe siècle. 

Il s'agit de capturer les énergies naturelles propices et d'en faire profiter tant la partie souterraine de la plante (racines ), que la partie aérienne (fleurs, feuilles, fruits). Si la vigne est atteinte de parasites, n'est-ce pas parce qu'elle n'arrive pas à se défendre toute seule? On va donc privilégier les défenses internes de la plante et non les traitements externes.

La biodynamie agit sur les processus organiques du végétal par aspersion de préparations à base de plantes, de cristaux de roche ou de matières animales, soit sur le sol soit sur la plante elle-même. Ces "préparats" agissent comme catalyseurs sur la formation des bourgeons, fleurs et fruits. En plus, comme le vignoble fait partie de l'univers entier, les biodynamistes vont utiliser un calendrier strict pour chaque action dans le processus de viticulture. Celui-ci tiendra compte des interactions du soleil, de la lune et des planètes pour faire vivre la terre en respectant ses cycles et son environnement.

Parfois, on frôle un certain "mysticisme" : par exemple, on va enterrer de l'écorce de chêne dans un crâne d'animal, on remplit de bouse de vache des cornes de vache, que l'on enterrera également et que l'on déterrera à point nommé… Il paraît que l'activité bactérienne en serait transcendée ! Ces préparats seraient alors mélangés au fumier et épandus sur les sols afin de leur rendre toutes leurs énergies...

Les résultats

Force est de constater que, d'une part, dans des régions peu réputées pour la qualité de leurs vins telles que l'Auvergne ou l'Ardèche, les viticulteurs qui tirent leur épingle du jeu font partie de ces viticulteurs "bio". Plus troublant, certains parmi les plus grands vins de France sont maintenant élaborés selon les principes de la biodynamie : en Loire, le fantastique chenin de la "Coulée de Serrant" à Savennières de Nicolas Joly en est certainement le plus pur exemple. Mais il y a aussi les purs muscadets du Domaine de l'Ecu, les nobles chardonnays de Pierre Morey et du domaine Leflaive en Bourgogne, les spectaculaires alsaces des domaines Zind-Humbrecht et Marcel Deiss…

Même, si l'on émet quelques doutes sur les techniques utilisées, ce qui est certain c'est que ces propriétaires ont un respect et une rigueur pour la bonne tenue de leur terroir qui force l'admiration. Les propriétaires précités comptent d'ailleurs faire des émules, puisqu'ils ont mis au point une "charte de qualité" en plusieurs paliers, à laquelle les viticulteurs du monde entier peuvent adhérer, pour autant qu'ils respectent chaque point précisé…

Où trouver ces vins "bio" ?

Attention qu'une mention "bio" sur l'étiquette ne garantit au consommateur que les raisins avec lesquels a été fait le vin proviennent de l'agriculture biologique. Cela semble assez réducteur aux yeux des cavistes spécialisés qui préfèrent parler plus largement de "vins natures".

David Roden, près de l'Altitude 100 à Bruxelles, possède un magasin, "Brut de cuve" (chaussée d'Alsemberg, 315) qui ne propose que des vins nature (Lapierre à Morgon, Puzelat en Loire, Dard et Ribo en Rhône, Hervé Souhaut en Ardèche,...). On trouvera les muscadets du domaine de l'Ecu et la Coulée de Serrant chez "Vin Passion" (www.levinpassion.com).

Didier Ergot


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